(photo CVA)
Au salon de l'agriculture, ce ne sont pas toujours les plus grands stands qui sont les plus intéressants. Un visiteur un peu attentif pouvait faire de belles rencontres en sortant des allées centrales :
Du côté des vaches, on pouvait voir cinq représentantes d'une race qui avait presque disparu en France : la vache bleue du Nord. Un des éleveurs a bien voulu me raconter son histoire : race servant à la fois pour la production de lait et pour la viande, la vache bleue a fortement diminué pendant la deuxième guerre mondiale. Il fallait bien manger et rares sont celles qui ont échappé à l'abattage. Après la guerre, d'autres races offraient de meilleures productions laitières, comme les vaches hollandaises noires et blanches. Le mot d'ordre fut donc donné d'élever ces vaches en priorité afin de donner du lait à tous les petits français et la vache bleue fut abandonnée ou presque. Dans les années quatre-vingt, alors que des tonnes de beurre s'accumulaient dans les chambres froides européennes, quelques amoureux de ces jolies bêtes ont décidé de relancer la filière. Ils trouvèrent les derniers exemplaires chez d'anciens fermiers qui étaient restés attachés à leurs vaches de toujours. Des veaux et des génisses furent "programmés" et l'année suivante, la nouvelle génération de "bleues" était née. Elles seraient 590 en France actuellement réparties entre 17 éleveurs. Les atouts des bleues sont multiples : ces vaches sont rustiques (donc moins fragiles) et ont une grande longévité. Selon l'éleveur, elles donnent en moyenne 5 veaux contre 2,2 pour les vaches de production laitière intensive. Mais en dehors des chiffres, c'est aussi un certain attachement aux bêtes qui est apparu dans le discours de l'éleveur : "Notre objectif n'est pas d'avoir des bêtes simplement pour deux ans. Ca nous intéresse pas." On le comprend : les cinq bleues exposées étaient vraiment belles et vraiment bleues, parfois blanches aussi, ce qui relevait encore plus le bleu de leurs taches. En un mot, cette rencontre fut une belle découverte.
Côté porcin, difficile de passer à côté de cet énorme cochon de 330 kg ! : un porc gascon. Son histoire mérite aussi d'être racontée : porc noir du sud ouest de la France, à la croissance lente et ne supportant pas la claustration, l'animal n'a pas fait le poids face au porc blanc destiné à la production industrielle après la guerre. En 1981, la race était en voie de disparition car il ne restait que 20 truies (contre 20 000 avant la guerre) et deux verrats, conservés par des petits propriétaires collectionneurs. Un programme régional de conservation lancé il y a 20 ans a permis de récupérer la race pour une production de 6000 porcs annuellement, aujourd'hui. Interrogé sur le sens de cet élevage, un des éleveurs présents sur le stand a déclaré : "Cela fait plaisir car on est dans le vrai. On élève un animal dans son territoire d'origine, en race pure, de façon extensive, à l'extérieur, et avec pas plus de 20 porcs à l'hectare pendant 12 à 14 mois. On a vraiment plaisir à produire." Côté débouchés, il semble que la qualité soit rentable car selon l'éleveur, toute la production est écoulée sans aucune difficulté.
(crédit photo : François-Gilles
Grandin/PZP/MNHN)