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23 mai 2011 1 23 /05 /mai /2011 09:20

P1000162.JPGChef de projet sport et développement durable au ministère des sports, Arnaud Jean a coordonné la stratégie nationale de développement durable du sport (SNDDS). Il répond sans ambages à Bonnes Nouvelles Environnementales sur les enjeux et les défis réels de cette nouvelle stratégie.

 

Bonnes Nouvelles Environnementales : Le ministère des sports vient de présenter sa SNDDS. Comment a t-elle été construite ? 

Arnaud Jean : C'est le 20 mai 2010 que le ministère a lancé cette grande consultation, souhaitant respecter un des principes du développement durable : la participation. En 2010, les premières Assises nationales du sport et du développement durable amorçaient donc un processus de 7 mois de concertation. Au fil des Assises territoriales, organisées avec le Comité National Olympique et Sportif Français, de nombreux acteurs, experts et sportifs de haut niveau, l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (ADEME) et le Centre national pour le développement du sport (CNDS) ont fait connaître leurs préconisations à travers les 9 défis proposés dans la Stratégie Nationale de Développement Durable (SNDD). Au-delà de ces Assises territoriales, une consultation des sportifs de haut niveau, d'experts et d'associations nationales a été engagée. Ce sont près de 2000 contributeurs qui nous ont fait parvenir leurs propositions.

 

BNE : Après l'agenda 21 du sport français en 2003 et la charte du sport pour le développement durable en 2008, qu'apporte de plus la SNDDS ?

A.J. : Elle est le fruit d'une large consultation et tend à être très consensuelle, sans gommer les difficultés, et très opérationnelle car formulée par les acteurs du sport dans leur diversité la plus large. Elle possède une grande cohérence au regard de la stratégie nationale de développement durable, qu'elle soit celle de la France ou celle de l'Europe. Elle s'appuie sur de vrais constats, affiche des ambitions basées sur des indicateurs et est soumise à des moyens. Les premiers effets suite à la présentation le 3 mai dernier semblent confirmer cette opérationnalité puisque déjà 7 organismes nationaux souhaitent conventionner avec le ministère pour une mise en oeuvre de cette SNDDS.

 

BNE : Un des défis à relever concerne le transport et la mobilité durable. Concrètement, comment les clubs ou les organisateurs d'événements sportifs vont-ils faire pour diminuer les émissions de CO2, notamment pour les déplacements du public ?

 A.J. : C'est effectivement une priorité importante de la SNDDS. Les activités sportives, notamment compétitives, génèrent des millions de kilomètres pour se rendre sur des rencontres, à des entraînements, à des stages, etc. De nombreuses fédérations ont ausculté leurs activités, notamment au regard des émissions de Gaz à Effet de Serre (GES). Les pistes de réduction sont réelles sans d'ailleurs entamer le volume d'activités :

- Lancement de campagnes de sensibilisation à l'utilisation des modes de transport doux, des transports en commun et du covoiturage,

- Optimisation des déplacements en repensant les pôles géographiques de championnats et en situant mieux les événements nationaux au regard des pratiquants,

- Intégration de la question des transports dans les cahiers des charges des grandes manifestations,

- Modulation des remboursements des frais de déplacement en fonction du mode de transport utilisé...

Les leviers sont donc très nombreux, en lien notamment avec les collectivités. Le ministère a créé un club carbone des fédérations pour mutualiser les expériences et qui regroupe plus de 40 fédérations, ce qui démontre la forte mobilisation.

 

BNE : Un autre défi concerne les équipements. Comment sera-t-il organisé ? Le sport de haut niveau sera-t-il pénalisé ?

A.J. : Il y a tout d'abord une certaine méfiance des collectivités qui voient à travers les exigences fédérales une surenchère de coûts pour elles qui financent ces équipements. La France compte plus de 260 000 équipements sportifs dont la moitié a déjà plus de 24 ans. Le défi de leur rénovation, modernisation et mise en accessibilité, devient un enjeu majeur d'une politique de développement durable dans le sport, tant du point de vue environnemental que de celui des bénéfices sociaux et économiques à en attendre. Cette question ne peut pas être dissociée de celle des constructions à venir et, ensemble, elles constituent l'une des priorités stratégiques autour du développement durable. Cette priorité doit être pilotée en parfaite coopération avec les collectivités territoriales et le mouvement sportif, car elle nécessite un diagnostic territorial approfondi, partagé et une volonté concertée d'assurer une amélioration significative de la qualité environnementale des infrastructures, y compris durant leur utilisation. Il n'y a pas opposition entre rénovation et construction, il doit y avoir cohérence, dans le cadre d'une stratégie innovante partagée, dans le respect des publics fragilisés les plus éloignés des pratiques sportives. En 2011, dans le cadre de la SNDDS,  le ministère des sports s'engage sur deux chantiers structurants :

 - Une analyse relative à la performance énergétique du parc des équipements sportifs. Le ministère dispose d'un outil de recensement des équipements sportifs (RES) qui va être amélioré et intègrera des éléments sur l'efficacité environnementale et les performances énergétiques des bâtiments, pour construire une typologie du bâti et les leviers d'actions qui en découlent.

- Un accompagnement des projets de construction, par la réalisation d'un guide d'application de la norme Haute Qualité Environnementale.

L'équilibre peut effectivement être difficile à trouver en matière d'exigences fédérales pour accueillir des équipements permettant de répondre aux exigences du sport de haut niveau mais la raison doit aussi s'imposer. 

 

BNE : La stratégie comporte un volet social important, notamment la lutte contre les inégalités et l'aide au développement. Mais n'y-a-t-il pas opposition entre ces objectifs et certains salaires mirobolants de joueurs professionnels ?  

A.J. : Les sportifs de haut niveau ont directement témoigné sur ce point lors de la consultation nationale. Sportif de haut niveau ne veut pas toujours dire salaires mirobolants, loin de là, néanmoins certains dérives du sport de haut niveau, tant du point de vue social, que celui de la santé par exemple, semblent parfois être diamétralement opposées à la notion de durable, nous disent ces mêmes sportifs de haut niveau. Ils sont parfois écartelés entre leur prise de conscience individuelle, les résultats attendus et la pression de leurs sponsors.

En dehors de ces considérations, la pratique de sports à tous les niveaux amène à considérer l'aspect social et de développement là où on les pratique, au plan national comme à l'international. La SNDDS s'y attache de façon logique.

 

BNE : Cette stratégie est ambitieuse et a suscité de nombreuses adhésions. Comment allez-vous mesurer les effets de la SNDDS ?

A.J. : Un comité de pilotage va se constituer, composé uniquement des acteurs qui s'engagent à mettre en oeuvre cette stratégie. Actuellement une phase de conventionnement est en cours avec pour objectif d'afficher, acteur par acteur, des objectifs chiffrés qui seront suivis et évalués chaque année.


BNE : Certains sujets dépassent le monde du sport. Je pense notamment à la qualité de l'air qui est importante pour tous, mais pour les coureurs en particulier. La stratégie est-elle (ou sera-t-elle) un moyen de travailler avec d'autres secteurs et d'autres institutions ?

A.J. : La transversalité est essentielle. Les acteurs du sport doivent s'ouvrir à tous les autres champs de la société. Les organisateurs doivent se rapprocher des acteurs environnementaux au regard des enjeux de biodiversité par exemple, mais aussi avec d'autres ministères. Les professionnels de l'éducation doivent accompagner les projets sportifs sur les volets sensibilisation et formation. Les dirigeants doivent s'impliquer dans les processus locaux de concertation tels les agendas 21 locaux. Toutes les passerelles doivent être envisagés pour une efficience maximale d'une action globale.

 

BNE : Personnellement, que représente la SNDDS ?

A.J. : Beaucoup de travail (rires). Non, plus sérieusement, c'est le bel aboutissement d'un processus long et exigeant de concertation... mais qui paie en matière de partage et d'adhésion.

 

BNE : La règle sur bonnes nouvelles environnementales est de donner au moins une bonne nouvelle. En avez-vous ?

A.J. : Le ministère des sports va installer sur son toit un refuge LPO qui va permettre, en concertation avec d'autres bâtiments du quartier, de proposer un hébergement à des espèces d'oiseaux, pour reconquérir une biodiversité en ville.  

arnaud.jean@jeunesse-sports.gouv.fr 

(photo CVA)

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