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4 mai 2010 2 04 /05 /mai /2010 10:59

100_2306-copie-1.JPGCréée en 1979, l’association de loi 1901 Airparif a pour objectif de surveiller la qualité de l’air dans la capitale et la région Ile-de-France. Quotidiennement, l’association édite un bulletin sur internet et note la qualité de l’air ambiant (de 1 : très bon à 10 : très mauvais). En cas de pic de pollution, un avis d’alerte est déclenché pour aviser la population afin qu’elle se protège (éviter les sorties, ne pas faire de sport) et les autorités (le préfet de police) qui mettront en place des mesures comme la réduction de la vitesse automobile sur le périphérique, par exemple. En dehors du travail de mesure et d’information au quotidien, Airparif étudie les polluants et les phénomènes de pollution sur le long terme et évalue les stratégies et les nouvelles mesures qui permettraient de faire baisser la pollution. Philippe Lameloise, Directeur d’Airparif, fait le point pour Bonnes Nouvelles Environnementales. (photo CVA)


La population francilienne se sent concernée par la qualité de l’air en Ile-de-France. à raison ou à tort ?

P.L. 85% des franciliens se disent concernés par la qualité de l’air. à raison, d’ailleurs, car la pollution a de vrais effets négatifs sur la santé. Mais les Franciliens ne sont pas les seuls à s’en préoccuper. Depuis le 30 décembre 1996, la Loi sur l’Air et l’Utilisation Raisonnée de l’Energie (la LAURE) a mis en place les principes de la surveillance de la qualité de l’air en France et mis en avant pour la première fois le droit de chacun à respirer un air qui ne nuise pas à sa santé. Airparif participe à son application au sein de la Fédération ATMO qui regroupe une trentaine d’associations sur l’ensemble du territoire français agréées par le Ministère de l’Environnement.

 

A quoi est due la pollution ?

La pollution dépend de plusieurs facteurs : le facteur d’activité économique, tout d’abord, si la région est agricole, industrielle ou principalement composée d’entreprises du tertiaire, combiné à la densité de la population. En fonction des activités, les polluants ne sont pas les mêmes. En zone agricole, les polluants sont essentiellement des particules fines (poussières des foins, par exemple, ou de la terre soulevée lors du labourage ou provenant de réactions chimiques dans l’air lors d’épandage d’engrais) et des produits phytosanitaires (pesticides, insecticides ou fongicides) provenant des traitements sur les cultures. Il y a également des voitures, moins nombreuses qu’en ville, mais la chimie atmosphérique joue aussi un rôle qui explique des niveaux d’ozone plus importants qu’en ville, parfois.

Dans les grandes régions industrielles, on trouve plutôt du dioxyde de soufre, des hydrocarbures, des métaux et des polluants issus de la combustion.

En Ile-de-France, la région accueille surtout des entreprises du tertiaire moins polluantes dont les principales émissions sont dues au chauffage et aux activités de transport qu’elles induisent. Compte tenu aussi de sa taille réduite et de la forte densité de la population qui y vit, ce sont les polluants du trafic routier, et dans une moindre mesure du trafic aérien, et ceux liés au chauffage qui posent problème, essentiellement. Mais on trouve aussi des pesticides en ville.

A ce premier facteur économique, il faut ajouter le facteur géographique (zone encaissée dans une vallée ou en plaine), le facteur climatique (climat sec et chaud ou pluvieux et frais, venteux ou non) et météorologique (vent du Sud et de l’Ouest ou du Nord et de l’Est). La situation idéale étant un climat pluvieux et frais, dans une région venteuse et en plaine avec un vent venant de l’Ouest. En effet, une zone encaissée verra les polluants stagner au-dessus d’elle. Le vent chasse la pollution, la pluie nettoie l’atmosphère et des températures moins élevées sans trop d’ensoleillement diminuent le risque de réactions chimiques de gaz entre eux pour produire des polluants comme l’ozone ou certaines particules.


En résumé, pour ne pas subir la pollution, il faut supporter un temps de chien !

C’est à peu près ça !

En Ile-de-France, le climat est plutôt favorable à la dispersion des polluants (vents dominants de Sud-Ouest) et précipitations régulières. Mais les 5 millions de véhicules particuliers sans compter les deux roues, le transport public motorisé, le fret routier national et international, la distribution motorisée du courrier et les livraisons et l’activité des aéroports internationaux font que l’agglomération parisienne souffre des émissions d’oxyde d’azote (Nox) et de particules fines (PM10 et PM 2,5), entre autres.


Quels polluants sont mesurés quotidiennement ?

Au total, on surveille une soixantaine de polluants dont la quinzaine de polluants réglementés en France et en Europe, y compris les particules. En Ile-de-France, 5 surtout, car les autres ne posent pas problème ou n’en posent plus.

 

Déjà une bonne nouvelle ?

Oui, et il faut savoir le dire. Le plomb ou le dioxyde de soufre étaient deux problèmes de fond, il y a 20 ans. Aujourd’hui, l’essence sans plomb est généralisée et a réglé le problème du plomb dans l’air. La diminution de la teneur en benzène dans l’essence a aussi permis d’améliorer très largement la situation, même si on dépasse encore la réglementation, mais sur les axes à forte circulation uniquement. L’évolution de la production d’électricité, la baisse de l’activité industrie lourde et l’amélioration des combustibles ont réglé le problème du dioxyde de soufre à Paris. Cependant, malgré ces avancées positives, la qualité de l’air reste largement insatisfaisante en Ile-de-France pour le dioxyde d’azote, les particules fines, et le benzène particulièrement au cœur de l’agglomération et à proximité du trafic. L’ozone quant à lui pose problème sur tout le continent européen et en particulier dans toute l’Ile de France.

 

Il faudrait mettre la ville à la campagne, alors ?

Oui et non. C'est l’effet de masse qui joue : il y a 37 millions de déplacements quotidiens en Ile-de-France sur un territoire très petit ! Mais si l’on regarde les chiffres par habitant, un Parisien intra-muros émet moins de polluants qu’un Français plus isolé car son chauffage est le plus souvent collectif, parce que 1/5è des déplacements quotidiens se fait en transport en commun et que 1/3 se fait à pied aussi. C’est vraiment la concentration de déplacements motorisés sur un petit territoire qui engendre la pollution. A la campagne, on aurait moins de concentration, mais les distances à parcourir seraient plus longues et le recours à l’automobile plus systématique…

 

Le tramway et les voitures électriques vont donc faire du bien aux poumons des franciliens, surtout au cœur de la ville ?

Oui bien sûr. Attention toutefois à la façon dont on produit l’électricité. Il ne faudrait pas que cela génère de la pollution ailleurs ou même localement avec l’utilisation du charbon.


Existe-il des solutions pour les 5 polluants problématiques ?

Oui. Elles sont législatives et technologiques, mais pas seulement. Si l’on remonte un peu loin dans le temps, il ne devait pas faire bon respirer à Paris lorsque tous les foyers se chauffaient au charbon ou au bois et que les usines tournaient avec ces mêmes énergies. A l’époque, les usines comme les particuliers n’avaient pas de filtres sur leurs cheminées. Des progrès importants ont été réalisés depuis, tant par la réglementation que par les avancées technologiques. Aujourd’hui, le chauffage au bois individuel est interdit dans la capitale et reste anecdotique (2 ou 3 % selon l’INSEE), sans doute pour des raisons de méconnaissance de la législation. Les usines aux normes et les incinérateurs d’ordures ménagères nouvelle génération ne rejettent plus ou prou de particules ou de dioxines car leurs filtres et dispositifs de traitement sont très efficaces.

Au vu de la réglementation actuelle, le dioxyde d’azote reste l’enjeu principal. La diésélisation du parc roulant nécessite l’usage de catalyseurs et de filtres pour diminuer l’émission d’oxydes d’azote et de particules fines. La baisse a été sensible lorsque les véhicules en ont été dotés. Aujourd’hui, les taux diminuent moins vite car le parc routier est presque entièrement catalysé. D’un autre côté, les filtres à particules contribuent à l’augmentation des rejets directs de dioxyde d’azote, selon des observations faites sur les stations de mesure d’Airparif et en concordance avec les mesures effectuées à Londres  et dans d’autres capitales européennes depuis plusieurs années. La norme Euro 6 en 2015 devrait toutefois entraîner une forte diminution de ces rejets. Ces nouveaux pots plus complexes fonctionneront à base d’urée.

La législation supranationale, c’est-à-dire européenne, est importante aussi car elle permet de diminuer la pollution sur l’ensemble du continent. Régulièrement, les vents du Nord et de l’Est apportent la pollution de pays voisins jusqu’en France. C’est le même phénomène que le sable du Sahara porté jusqu’en France par les vents du Sud ou que les cendres du volcan d’Islande avec le vent du Nord-Ouest. La pollution atmosphérique ne connaît pas de frontière.


L’air devrait donc être meilleur à respirer à l’avenir ?

Je l’espère. Mais il faut agir aujourd’hui pour éviter les polluants de demain et respirer le mieux possible dès maintenant. Par ailleurs, il faut savoir que de nouveaux polluants nous menacent peut-être, à savoir les nanomatériaux, que nous allons étudier de près dorénavant, sans oublier les liens entre pollution atmosphérique et réchauffement climatique qui ne doivent pas être sous estimés dans les décisions qui sont prises. La qualité de l’air est à la fois une question de bon sens (ne pas brûler de plastique au fond du jardin pour les particuliers ou tester sur le long terme les nouveaux produits avant d’accorder leur mise sur le marché pour les services publiques), de civisme (utiliser les transports en commun s’ils existent ou faire une petite course dans le quartier à pied), de choix politiques, urbanistiques et technologiques. Elle nous concerne tous. Il faut agir sur tous les leviers et à tous les niveaux.

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Published by CVA
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commentaires

Siratus 15/05/2010 00:12


Bonne interview, CVA. C'est encourageant mais beaucoup reste à faire ! A la campagne, respirons, quand l'agriculteur ne pulvérise pas de biocides ;)
Gros bisous


Ventenac 06/05/2010 09:30


Bon article main verte, une synthèse sur ce qui nous menace et ,le sachant, ce que nous pouvons faire. Moi qui habite la campagne, je ne me leurre pas : air pollué par la chimie agro-alimentaire et
c'est parfois plus grave qu'en ville. Cette étude-là, précise, reste à faire et à diffuser...pour changer d'orientation.


Pierre 04/05/2010 21:45


Oups, trompé d'adresse de blog. C'est évidemment "soyons-positifs.over-blog.com".


CVA 05/05/2010 19:13



je vous mets en lien.



Pierre 04/05/2010 16:26


Je suis désolé, mais je n'appelle pas ça une bonne nouvelle.


CVA 04/05/2010 21:44



Pour le plomb dans l'air, c'est une bonne nouvelle. Les filtres puissants des usines d'incinération qui arrêtent les particules et la dioxine, c'est très très positif. Il y a aussi des progrès à
venir avec la norme Euro 6, notamment. Cela dit, il reste encore beaucoup à faire, c'est vrai. Si nous avons réussi pour certains polluants, il faut espérer que nous réussirons pour les
prochains. J'ai préféré ne pas occulter les problèmes, quitte à déborder sur le terrain des mauvaises nouvelles. En déterminant les polluants, on pourra se concentrer sur leur élimination.
J'espère avoir une prochaine bonne nouvelle à annoncer.


Merci pour votre commentaire.