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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 08:49

100_3358.JPGA la suite de la naissance de raies en captivité à l'Aquarium tropical de la Porte Dorée, à Paris (lien), Michel Hignette, Directeur de l'Aquarium, nous explique les enjeux de la conservation d'espèces en captivité.

 

Bonnesnouvellesenvironnementales : La naissance d'animaux en captivité est toujours un espoir pour l'avenir. Quel est le but de ces reproductions pour l'Aquarium ?

 

Michel Hignette : Il n'y a pas toujours de "but" à proprement parler. Nous nous efforçons de garder les animaux aquatiques, dont nous avons la responsabilité, dans les meilleures conditions possibles (qualité de l'eau, nourriture adaptée...). Ces reproductions sont alors considérées comme un signe de succès. Toutefois, dans certains cas particuliers, nous cherchons effectivement à favoriser la reproduction : quand il existe un programme d'élevage européen, notamment. Pour le requin zèbre, nous avons fait en sorte que notre jeune mâle puisse rejoindre une femelle à Océanopolis (Brest). Dans ces cas, les reproductions permettent de moins recourir à des prélèvements en milieu naturel pour présenter une espèce au public.

 

BNE : quel sera l'avenir des raies nées à Noël ?

 

M.H. : Nous cherchons les solutions les plus adaptées pour les jeunes : présentation au public sur place ou échange avec des collègues. Plusieurs de ces petites raies partiront certainement vers d'autres aquariums en France ou à l'étranger.

 

BNE : Dans leur milieu naturel, ces raies d'eau douce sont-elles menacées ?

 

M.H. :   Il existe plutôt une menace sur leur biotope qui peut entraîner une raréfaction de l'espèce. Dans le cas des "poissons" cartilagineux (raies, requins et chimères), le nombre de jeunes par portée est relativement faible. Ces animaux sont donc assez vulnérables car il n'y a pas de possibilité de régénération rapide des stocks en cas de surexploitation ou de menace sur leur milieu.

 

BNE : Est-il possible de remettre les animaux d'aquarium dans leur milieu naturel ? Si oui, doit-on procéder par paliers successifs ou bien les animaux s'adaptent-ils immédiatement dès qu'on les remet dans le milieu naturel ?

 

M.H. : Il est très délicat de remettre des animaux qui ont vécu en aquarium dans le milieu naturel: il ne faudrait pas créer des problèmes supplémentaires, même en voulant bien faire. Des réflexions sont en cours concernant certains cichlidés du Lac Victoria dont on pense que l'espèce a disparu du milieu naturel et qui sont élevés en aquarium. Une réintroduction pourrait déséquilibrer le nouvel écosystème qui s'est recréé sans eux.

 

BNE : l'Aquarium possède des piranhas frugivores. Pouvez-vous nous rappeler leur rôle dans les rivières de la forêt amazonienne ?

 

M.H. : Nous présentons effectivement des Pacus. C'est l'occasion d'essayer de faire découvrir à notre public ce que peut être la forêt inondée d'Amazonie. Pendant la période des pluies, les cours d'eau débordent et les poissons ont accès aux ressources nutritives de la forêt. En sous-bois, les poissons frugivores consomment les fruits qui tombent des arbres et disséminent les graines qu'ils n'ont pas digérées (comme le font les oiseaux dans nos contrées). Ils participent ainsi à la régénération de la forêt amazonienne. Pour nous, c'est difficilement imaginable que des poissons puissent nager dans la forêt ! 

 

BNE : I l est de coutume sur ce blog de donner de bonnes nouvelles. En avez-vous ?

 

M.H. : Oui. Aujourd'hui, les aquariums savent faire du "bouturage" de coraux, ce qui permet de multiplier les colonies par voie asexuée. Des essais de restauration de récifs coralliens en mer sont même envisagés.

Certaines espèces se reproduisant également en émettant des gamètes en aquarium (ce qui est intéressant pour maintenir une bonne diversité génétique), une mission récente, organisée par les aquariums de la Guadeloupe, de La Rochelle et Océanopolis, a d'autre part permis de récolter en milieu naturels des gamètes, de procéder à la fécondation artificielle et de distribuer à plusieurs aquariums des larves que nous essayons d'élever. Cela permet d'apprendre beaucoup de choses sur l'élevage de ces animaux et de procurer du matériel vivant à la recherche (au Muséum National d'Histoire Naturel), sans nécessiter de coûteuses missions et des prélèvements en milieu naturel.

 

(photoCVA)

 


 

Voir aussi le site de l'Aquarium et notamment sa page sur la biodiversité

 


 

 

 

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Published by CVA - dans animaux
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