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28 septembre 2010 2 28 /09 /septembre /2010 12:15

100_3310.JPGLa crise que nous connaissons actuellement n’est pas seulement une crise économique. C’est une crise de civilisation qui nécessite de trouver un nouveau mode de vie, incluant le respect de la Nature dont nous dépendons pour vivre. José Gualinga, représentant de la communauté indigène des Kichwas à Sarayaku en Equateur, est peut-être l’un des symboles de cette forme de vie, avec un projet à haute portée symbolique et dépassant largement les frontières de son village.

Avec sa couronne de plumes rouges et son collier d’os de boa, José Gualinga ressemble au « bon indien » qu’il ne souhaite justement pas incarner. A 42 ans, il est devenu de fait un représentant politique des peuples indigènes d’Amazonie qui souhaitent jouer un rôle actif dans leur pays. Ce nouveau costume, il le doit à la défense de son village, Sarayaku, et de ses environs où 1200 habitants trouvaient de quoi vivre en harmonie avec la nature jusqu’à ce que des installations pétrolières ne détruisent une partie de leur territoire.

Entre 1989 et 2010, les Kichwas ont réussi à empêcher diverses tentatives d’exploitation de leurs terres. Dans le meilleur des cas, ils ont  simplement demandé aux ouvriers de se retirer ; dans le pire des cas, ils ont déclaré l’état d’urgence dans le village et ont formé des murs humains avec hommes, femmes et enfants puis monté des « campements de paix et de vie » dans la forêt pendant 3 à 4 mois, mais en comptant des blessés.

La résistance des Kichwas s’est également faite au plan juridique, notamment auprès de cours de justice aux Etats-Unis et au Costa Rica et au niveau national en participant à des manifestations pour le droit des peuples indigènes.

Mais pour exister, il ne fallait plus seulement se défendre. Il fallait trouver un projet de vie et, comme le dit José Gualinga, «  trouver une alternative qui montre que nous ne sommes pas seulement conservateurs, mais aussi initiateurs et actifs au XXIè siècle. » Un chemin d’arbres plantés autour de Sarayaku dont la canopée sera remplie de fleurs visibles du ciel en est le résultat. Il s’appelle le Chemin de Fleurs de la Frontière de Vie. « Ce projet naît des entrailles du peuple quechua  pour préserver la biodiversité et notre richesse culturelle. Les fleurs sont un symbole de l’Amazonie et elles ont aussi une dimension spirituelle pour soigner les malades, les personnes tristes et leur donner de l’émotion » explique José Gualinga. Le Chemin de Fleurs a également une portée universelle, celle de la vie en harmonie avec la nature.

Le premier arbre a été planté en 2006. On en compte 1500 aujourd’hui hauts de 5 à 7 mètres sur 55 km de long (le chemin fera 300 km au total). Les arbres ont été choisis pour leur résistance, autre symbole de ce peuple amazonien, pour leur utilité dans la fabrication d’objets usuels ou pour leur beauté, « pour embellir la Pacha Mama* » précise José. Le chemin fleuri dans sa totalité sera visible d’ici 20 ans.

Mais le projet inclut également la valorisation des savoirs et des modes de vie ancestraux, comme la transmission du savoir de guérison des plantes aux nouvelles générations. Le village s’est aussi ouvert au tourisme et un programme de découverte des animaux et des plantes d’Amazonie a été élaboré spécialement pour les visiteurs. 12 personnes peuvent être accueillies et sont nourries avec la production de la forêt amazonienne. L’ensemble du projet botanique et économique est géré par la communauté.

Le Chemin de Fleurs commence à être connu autour du monde et sert déjà à d’autres communautés indigènes, notamment à celles des montagnes, mises en danger par l’exploitation minière. De même, le nouveau président, Rafael Correa, a pour la première fois dans l’histoire de l’Equateur fait inscrire dans la constitution de son pays les droits inaliénables des peuples autochtones et de la Nature. Le gouvernement équatorien a également proposé à la communauté internationale de ne pas exploiter les réserves pétrolières situées dans la réserve naturelle de Yasuni, afin de protéger sa biodiversité et lutter contre le changement climatique. En contrepartie, le pays demande une contribution internationale à hauteur de 50% des revenus qu’aurait procuré l’exploitation pétrolière. Certes les exploitations pétrolières n’ont pas disparu du pays car elles sont vitales pour l'économie du pays, mais une telle proposition de non-exploitation n’avait jamais été faite. Preuve qu'une autre vision de l'économie est possible et qu'on peut l'initier dès maintenant.

Dernier point : alors qu’on ne les espérait que dans une dizaine d’années, des fleurs sont déjà apparues sur la canopée des arbres plantés à Sarayaku.

 

* la Mère Terre

 

(photo CVA)

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commentaires

Viviane 04/10/2010 11:58


Je suis très heureuse chaque fois que je lis "les avancées" chez ces peuples-là!
Je savais qu'un jour ou l'autre ils se prendraient en main pour échapper "aux prédateurs et aux profiteurs".
En Ariège, il y a des chefs de tribus qui viennent presque tous les ans, ce sont des personnes exceptionnelles qu'on a plaisir à écouter, il faudrait mieux écouter "le regard" qu'ils portent sur
nos façons de consommer ... toute une philosophie avant d'être une morale!
J'ai gardé quelques petits reportages de la presse locale, si tu veux que je te les envoie, tu n'as qu'à me le demander ... quand tes cartons seront tous vides!
Passe un agréable lundi.
Un bisou amical
Viviane