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16 janvier 2014 4 16 /01 /janvier /2014 14:44

P1000147 2-copie-1Alors que le gouvernement planche sur la transition énergétique, des collectifs de citoyens passent à l’action et créent leur propre parc éolien ou parc solaire local avec des organismes de financement solidaire et dans un but non lucratif. L’association Energie Partagée les aide à monter leur projet et à le financer. Marc Mossalgue, coordinateur de l'association, nous explique comment ces projets peuvent voir le jour en France.

Bonnes Nouvelles Environnementales (BNE) : Pourquoi est née l'association Energie Partagée ?

Marc Mossalgue (MM) : Energie Partagée est née de la conjonction de deux initiatives. D’une part, d’un fournisseur d’électricité 100% renouvelable Enercoop, créé à partir de la volonté de citoyens souvent militants et sensibles aux questions d'écologie de reprendre la main sur l’énergie dans un paysage où à l'époque personne n'osait s'ériger contre le mastodonte nucléaire français. D’autre part, de l’initiative d’autres citoyens qui ont décidé de monter des projets locaux de parcs éoliens ou de toitures photovoltaïques suite à l'ouverture progressive du marché de l’électricité en France entre 2000 et 2007. Ces collectifs de citoyens ont une démarche spécifique : les unités de productions renouvelables appartiennent aux habitants locaux. Energie Partagée a donc été créée pour diffuser ce concept et faire naître de nouvelles envies de production locale et citoyenne à partir d’énergies 100 % renouvelables. L’association s'est même dotée d'un outil financier "Energie Partagée Investissement" pour collecter l'investissement auprès de tous les citoyens de France et investir les fonds dans ces projets de bon sens, non polluants et d'avenir.

BNE : Y avait il déjà un précédent ?

MM : Depuis de nombreuses années, nos voisins européens ont bien compris que la transition énergétique ne pourrait se faire qu'avec les citoyens. Les impliquer dans la définition de la stratégie énergétique et leur faire prendre part directement aux projets locaux de parcs éoliens, de toitures solaires ou de centrales hydrauliques est devenu un moyen simple et efficace de les associer à la valorisation de ressources locales tout en les intéressant économiquement aux performances de ces productions. En France, c'est tout l'inverse. Le système énergétique hypercentralisé a soigneusement maintenu le citoyen à l'écart des grands choix énergétiques. Encore aujourd’hui, tout ce qu'on lui demande c'est d'allumer ses interrupteurs, de se chauffer à l’électricité et de payer sa facture.  

BNE : Quels sont les avantages d’installer son site de production local ?

MM : Ils sont multiples : écologiques, financiers et sociaux, sans oublier la part de bon sens. Par exemple, les grands développeurs, qui sont de grandes entreprises, investissent dans des parcs éoliens ou photovoltaïques avec une intention de rentabilité. En effet, les énergies renouvelables sont rentables car EDF est obligé de racheter l’électricité produite par les énergies renouvelables plus cher que le prix de vente de l’électricité au niveau national. Les particuliers bénéficient de cet avantage financier aussi. Mais les projets portés par Energie Partagée sont bénéfiques pour la collectivité car ils comportent un volet social avec la création d’emplois locaux, en plus de l’aspect écologique de ce type de production et des avantages de reprise en main de la production d’énergie au niveau local par la collectivité. Il y a aussi une part de satisfaction lorsque les collectifs donnent leur avis et profitent d’une source d’énergie locale qui peut être le vent, comme sur la façade Atlantique en France, le soleil, surtout efficace en dessous de 25°C (les panneaux solaires n’ont pas besoin d’une forte chaleur pour fonctionner mais d’une bonne orientation, de luminosité et d’une température moyenne) ou encore d’une source de chaleur souterraine (géothermie) comme en Région Parisienne. 

DSCF1634.jpg Ecole de Loubeyrat (63). Crédit SCIC Combrailles Durables

 

BNE : Les tarifs de rachat sont avantageux pour ces producteurs locaux, mais pour combien de temps ? 

MM : Les tarifs de rachat sont garantis par un contrat avec EDF de 15 à 20 ans. Comme la durée de vie des panneaux solaires est d’environ 25 ans, Enercoop propose de passer un nouveau contrat avec le collectif pour qu’il continue à vendre son énergie. Enercoop revend l’électricité à ses clients qui ne peuvent pas produire mais qui ont choisi ce fournisseur car il ne vend que de l’énergie renouvelable. Le tarif du nouveau contrat ne sera pas le même, mais comme les installations sont amorties, l’investisseur n’a plus de dépenses mais toujours des rentrées d’argent.

BNE : Les collectifs ne peuvent-ils pas consommer leur propre électricité ?

 

MM : Si, mais cela nécessite d’avoir des batteries pour stocker sa production. Elles coûtent assez cher et il faut un local pour les entreposer. Ce n’est pas la solution la plus développée actuellement. Par ailleurs, il est plus rentable de revendre son énergie que de la consommer. Ce que nous proposons à ceux qui veulent consommer leur production, c’est de ne vendre que l’excédent produit.

BNE : Qui peut créer un site de production d’énergie renouvelable et comment s’y prendre ?

 

MM : Les entreprises, les municipalités, les collectifs de citoyens et les particuliers. Ces derniers peuvent d’ailleurs contacter l’espace Info Energie de l’ADEME qui leur proposera de réaliser un diagnostic pour savoir si leur projet est valable. L’Agence conseillera ensuite un installateur sérieux pour installer les panneaux ou l’éolienne. Les autres peuvent s’adresser à Energie Partagée pour monter le projet, de l’idée à l’installation, en passant par le financement.

BNE : Justement, combien de temps faut-il de l’idée à la production d’énergie et combien cela coûte-t-il ?

MM : Pour un parc éolien, c’est plus long que pour du photovoltaïque. Nous le faisons en 2 ans car nous avons de l’expérience et parce que les démarches administratives ont évolué. Par ailleurs, lorsque des citoyens sont aussi des investisseurs, ils sont favorables à l’installation des structures sur leur commune. Pour le photovoltaïque, c’est très rapide, de l’ordre de 4 à 6 mois. Au niveau du coût, un projet considéré comme petit et représentant trois toitures de panneaux solaires a coûté environ 250 000 €. Energie Partagé a apporté 50 000 €, le reste est venu d’autres soutiens financiers. Un gros projet éolien à Beganne dans le Morbihan a coûté 12 millions d’Euros. Energie Partagé a apporté 500 000 €. Mais en réalité, comme le projet dépend de prêts, l’apport immédiat a été de 2 à 3 millions d’Euros pour lancer l’installation.

BNE : Il est de règle sur Bonnes Nouvelles Environnementales que la personne interrogée donne une bonne nouvelle. En avez-vous une ?

MM : Oui ! Les Français et les élus locaux se lancent plutôt bien dans les projets d’énergie collective et d’énergies renouvelables. Nous n’en sommes pas encore au niveau des hollandais où une plateforme comme Energie Partagée a collecté 1 million d’Euros pour une éolienne en 13 heures ! Pour notre part, nous avons collecté plus de 6 millions d’Euros en 2 ans qui ont une capacité à devenir 60 millions en termes de projets. Je pense sincèrement que les fonds collectés vont continuer à grossir car citoyens et collectivités commencent à voir qu’ils ont un réel intérêt économique, social et écologique à utiliser l’épargne citoyenne pour des projets d’avenir locaux.


Crédit photo marc Mossalgue : Ashoka

Cette interview n'engage que son auteur

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Published by CVA - dans énergie
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