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23 mai 2011 1 23 /05 /mai /2011 09:20

P1000162.JPGChef de projet sport et développement durable au ministère des sports, Arnaud Jean a coordonné la stratégie nationale de développement durable du sport (SNDDS). Il répond sans ambages à Bonnes Nouvelles Environnementales sur les enjeux et les défis réels de cette nouvelle stratégie.

 

Bonnes Nouvelles Environnementales : Le ministère des sports vient de présenter sa SNDDS. Comment a t-elle été construite ? 

Arnaud Jean : C'est le 20 mai 2010 que le ministère a lancé cette grande consultation, souhaitant respecter un des principes du développement durable : la participation. En 2010, les premières Assises nationales du sport et du développement durable amorçaient donc un processus de 7 mois de concertation. Au fil des Assises territoriales, organisées avec le Comité National Olympique et Sportif Français, de nombreux acteurs, experts et sportifs de haut niveau, l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (ADEME) et le Centre national pour le développement du sport (CNDS) ont fait connaître leurs préconisations à travers les 9 défis proposés dans la Stratégie Nationale de Développement Durable (SNDD). Au-delà de ces Assises territoriales, une consultation des sportifs de haut niveau, d'experts et d'associations nationales a été engagée. Ce sont près de 2000 contributeurs qui nous ont fait parvenir leurs propositions.

 

BNE : Après l'agenda 21 du sport français en 2003 et la charte du sport pour le développement durable en 2008, qu'apporte de plus la SNDDS ?

A.J. : Elle est le fruit d'une large consultation et tend à être très consensuelle, sans gommer les difficultés, et très opérationnelle car formulée par les acteurs du sport dans leur diversité la plus large. Elle possède une grande cohérence au regard de la stratégie nationale de développement durable, qu'elle soit celle de la France ou celle de l'Europe. Elle s'appuie sur de vrais constats, affiche des ambitions basées sur des indicateurs et est soumise à des moyens. Les premiers effets suite à la présentation le 3 mai dernier semblent confirmer cette opérationnalité puisque déjà 7 organismes nationaux souhaitent conventionner avec le ministère pour une mise en oeuvre de cette SNDDS.

 

BNE : Un des défis à relever concerne le transport et la mobilité durable. Concrètement, comment les clubs ou les organisateurs d'événements sportifs vont-ils faire pour diminuer les émissions de CO2, notamment pour les déplacements du public ?

 A.J. : C'est effectivement une priorité importante de la SNDDS. Les activités sportives, notamment compétitives, génèrent des millions de kilomètres pour se rendre sur des rencontres, à des entraînements, à des stages, etc. De nombreuses fédérations ont ausculté leurs activités, notamment au regard des émissions de Gaz à Effet de Serre (GES). Les pistes de réduction sont réelles sans d'ailleurs entamer le volume d'activités :

- Lancement de campagnes de sensibilisation à l'utilisation des modes de transport doux, des transports en commun et du covoiturage,

- Optimisation des déplacements en repensant les pôles géographiques de championnats et en situant mieux les événements nationaux au regard des pratiquants,

- Intégration de la question des transports dans les cahiers des charges des grandes manifestations,

- Modulation des remboursements des frais de déplacement en fonction du mode de transport utilisé...

Les leviers sont donc très nombreux, en lien notamment avec les collectivités. Le ministère a créé un club carbone des fédérations pour mutualiser les expériences et qui regroupe plus de 40 fédérations, ce qui démontre la forte mobilisation.

 

BNE : Un autre défi concerne les équipements. Comment sera-t-il organisé ? Le sport de haut niveau sera-t-il pénalisé ?

A.J. : Il y a tout d'abord une certaine méfiance des collectivités qui voient à travers les exigences fédérales une surenchère de coûts pour elles qui financent ces équipements. La France compte plus de 260 000 équipements sportifs dont la moitié a déjà plus de 24 ans. Le défi de leur rénovation, modernisation et mise en accessibilité, devient un enjeu majeur d'une politique de développement durable dans le sport, tant du point de vue environnemental que de celui des bénéfices sociaux et économiques à en attendre. Cette question ne peut pas être dissociée de celle des constructions à venir et, ensemble, elles constituent l'une des priorités stratégiques autour du développement durable. Cette priorité doit être pilotée en parfaite coopération avec les collectivités territoriales et le mouvement sportif, car elle nécessite un diagnostic territorial approfondi, partagé et une volonté concertée d'assurer une amélioration significative de la qualité environnementale des infrastructures, y compris durant leur utilisation. Il n'y a pas opposition entre rénovation et construction, il doit y avoir cohérence, dans le cadre d'une stratégie innovante partagée, dans le respect des publics fragilisés les plus éloignés des pratiques sportives. En 2011, dans le cadre de la SNDDS,  le ministère des sports s'engage sur deux chantiers structurants :

 - Une analyse relative à la performance énergétique du parc des équipements sportifs. Le ministère dispose d'un outil de recensement des équipements sportifs (RES) qui va être amélioré et intègrera des éléments sur l'efficacité environnementale et les performances énergétiques des bâtiments, pour construire une typologie du bâti et les leviers d'actions qui en découlent.

- Un accompagnement des projets de construction, par la réalisation d'un guide d'application de la norme Haute Qualité Environnementale.

L'équilibre peut effectivement être difficile à trouver en matière d'exigences fédérales pour accueillir des équipements permettant de répondre aux exigences du sport de haut niveau mais la raison doit aussi s'imposer. 

 

BNE : La stratégie comporte un volet social important, notamment la lutte contre les inégalités et l'aide au développement. Mais n'y-a-t-il pas opposition entre ces objectifs et certains salaires mirobolants de joueurs professionnels ?  

A.J. : Les sportifs de haut niveau ont directement témoigné sur ce point lors de la consultation nationale. Sportif de haut niveau ne veut pas toujours dire salaires mirobolants, loin de là, néanmoins certains dérives du sport de haut niveau, tant du point de vue social, que celui de la santé par exemple, semblent parfois être diamétralement opposées à la notion de durable, nous disent ces mêmes sportifs de haut niveau. Ils sont parfois écartelés entre leur prise de conscience individuelle, les résultats attendus et la pression de leurs sponsors.

En dehors de ces considérations, la pratique de sports à tous les niveaux amène à considérer l'aspect social et de développement là où on les pratique, au plan national comme à l'international. La SNDDS s'y attache de façon logique.

 

BNE : Cette stratégie est ambitieuse et a suscité de nombreuses adhésions. Comment allez-vous mesurer les effets de la SNDDS ?

A.J. : Un comité de pilotage va se constituer, composé uniquement des acteurs qui s'engagent à mettre en oeuvre cette stratégie. Actuellement une phase de conventionnement est en cours avec pour objectif d'afficher, acteur par acteur, des objectifs chiffrés qui seront suivis et évalués chaque année.


BNE : Certains sujets dépassent le monde du sport. Je pense notamment à la qualité de l'air qui est importante pour tous, mais pour les coureurs en particulier. La stratégie est-elle (ou sera-t-elle) un moyen de travailler avec d'autres secteurs et d'autres institutions ?

A.J. : La transversalité est essentielle. Les acteurs du sport doivent s'ouvrir à tous les autres champs de la société. Les organisateurs doivent se rapprocher des acteurs environnementaux au regard des enjeux de biodiversité par exemple, mais aussi avec d'autres ministères. Les professionnels de l'éducation doivent accompagner les projets sportifs sur les volets sensibilisation et formation. Les dirigeants doivent s'impliquer dans les processus locaux de concertation tels les agendas 21 locaux. Toutes les passerelles doivent être envisagés pour une efficience maximale d'une action globale.

 

BNE : Personnellement, que représente la SNDDS ?

A.J. : Beaucoup de travail (rires). Non, plus sérieusement, c'est le bel aboutissement d'un processus long et exigeant de concertation... mais qui paie en matière de partage et d'adhésion.

 

BNE : La règle sur bonnes nouvelles environnementales est de donner au moins une bonne nouvelle. En avez-vous ?

A.J. : Le ministère des sports va installer sur son toit un refuge LPO qui va permettre, en concertation avec d'autres bâtiments du quartier, de proposer un hébergement à des espèces d'oiseaux, pour reconquérir une biodiversité en ville.  

arnaud.jean@jeunesse-sports.gouv.fr 

(photo CVA)

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26 novembre 2009 4 26 /11 /novembre /2009 11:20

Sylvie Le Bot, allias Siratus, plongeuse-photographe sous-marine et auteur du blog siratus-alabasterlink vit entre la Bretagne et les Philippines. Engagée dans deux associations de sauvegarde de l’environnement, elle nous explique comment un brevet de plongée « découverte » avec tuba à l’âge de 9 ans débouche aujourd’hui sur une participation au sauvetage de tortues vertes de mer à l’autre bout du monde.

(photo Siratus)

Sylvie, on te connaît à travers ton blog qui nous présente des merveilles du fond des mers. La plongée est-elle ton métier ?
La plongée n'est pas mon métier mais une rencontre qui a très bien tourné ! J'ai eu la chance de vivre 5 ans aux Philippines (archipel de 7000 îles !); ce fut l'opportunité d'apprendre à plonger avec une bouteille d'air comprimé sur le dos. La plongée est alors devenue une passion, récemment démultipliée grâce au blog et à la photo numérique. Naturaliste-photographe autodidacte, je suis heureuse d'apprendre et de raconter la faune et la flore que je découvre dans seulement  25m d'océan. Grand-Maman bretonne, j'espère plonger encore longtemps et pouvoir montrer à mes petits-enfants cette riche biodiversité !

Comment cette rencontre a t-elle débuté ?
Après avoir  vu le film "le monde du silence" de Cousteau, à 9 ans, j’ai passé un brevet découverte avec masque, palmes et tuba à Toulon. Mais j’ai dû attendre d’avoir 46 ans pour passer mon premier brevet de plongée PADI. Je l’ai passé à Anilao (Philippines) et j’ai réalisé depuis de nombreuses plongées tous les ans.

Que ressens-tu quand tu plonges ?
Malgré l'équipement peu gracieux et encombrant, je me sens libre, bien... en apesanteur, la relaxation est totale. Là-bas, l'eau est à  température idéale, 27°C. Je ne pense qu'aux poissons, aux coraux et coquillages, qu’à aller à leur rencontre, les débusquer, les observer puis je me concentre patiemment pour réaliser de bons clichés... Les plongées de nuit offrent les plus belles rencontres. Beaucoup d’animaux n'ont jamais vu de plongeur. La curiosité est réciproque, sans crainte.
Cependant, j'ai l'esprit toujours en alerte concernant notre sécurité, nous ne sommes pas des poissons ! Je dis "notre sécurité" car je plonge toujours avec un guide. Les conditions de plongée peuvent changer rapidement (courant, manque d'air, défaillance de lampe), nous devons réagir vite et nous entre-aider, sans nous perdre de vue.

As-tu investi beaucoup dans ton équipement photographique pour faire de si belles photos ?
Non, j’ai un équipement basique minimum car tout matériel est très onéreux. En 2007, j’ai commencé avec un appareil numérique de 5 mega pixels de tous les jours et un caisson étanche adapté et un filtre orange. En 2008, je me suis offert un appareil de 7.2 mega pixels d’occasion, acheté sur internet ainsi qu’une lampe torche étanche au poignet.  En 2009 j’ai acquis 3 lampes 4 Led en éclairage accessoire au poignet (2 sont pour mon binôme) et un objectif macro élémentaire. Je viens toutefois d'acheter le même APN d'occasion à 67 euros. La lentille est excellente. On ne le fabrique plus et c'est le seul qui corresponde à mon caisson étanche que je veux amortir ! Nul n’est donc obligé de s’équiper d’un matériel hors de prix.

La prise de vue sous l'eau est-elle différente de celle sur terre ?
Oh, oui ! Tout est différent. Les distances sont trompeuses, on voit le sujet plus gros et plus près. Même dans une eau transparente, en quelques mètres de profondeur, la luminosité diminue drastiquement et  les couleurs chaudes -rouge, orange et jaune- sont absorbées.  Toute particule en suspension (plancton, petits invertébrés, sédiments...) va accrocher et réfracter les rayons du flash !  J'apprends sur le tas à contourner au mieux ces difficultés d'éclairage et de mise au point.
Pour la netteté des clichés, j'assure ma stabilité  avec une "pique" de 40cm de long; je l'ai fabriquée avec un manche d'outil de jardin et une tige pointue. Elle me sert d'appui ou de moyen d'ancrage entre les rochers (B.A. BA de la plongée, on flotte en apesanteur sans rien toucher -je plonge sans gants- ni abîmer autour de soi.) Je la plante aussi dans le sable pour ne pas m'y vautrer ni soulever de particules ! De plus, je l'ai étalonnée en cm... pour mesurer les sujets de mes photos.

Tu fais partie d'une association de protection de l'environnement. Est-ce la plongée qui t'a donné envie de t'impliquer en environnement ?
Je fais partie, de l’association SEMAPHORE depuis sa création récente, dans la foulée du mouvement du collectif  "Alerte aux vases" en Bretagne. Son objet est "de développer tout ce qui peut protéger, favoriser et promouvoir une gestion durable des espaces maritimes (Mor Braz) et côtiers situés entre la presqu’île de Quiberon et Guérande, y compris les bassins versants."  Je me suis engagée "naturellement"  pour sauvegarder ici, en Bretagne Sud, l'espace maritime où j'ai grandi.
De même je suis engagée à Samal, aux Philippines, en faisant l'inventaire de la faune et de la flore de Kembali...
Ma sensibilité à l"écologie" (la relation sur notre planète entre la nature et les hommes) s'est développée au fil des ans, grâce à ma famille et aussi par ma propre histoire -ce que j'ai vu, vécu et appris- surtout depuis que je plonge.
J'ai vu aux Philippines, les coraux blanchis, désertés de toute vie par le courant chaud El Nino (1987), les récifs dévastés après le passage des typhons ou détruits par les pêcheurs à la dynamite, les requins massacrés pour leurs ailerons, les petits poissons estourbis au poison pour fournir les aquariums du monde... J'ai vu en Atlantique, le littoral de Galice souillé d'hydrocarbures (2002) après le naufrage du Prestige, des plages insalubres faute d'assainissement adapté à l'afflux touristique saisonnier... J'ai vu les plantes de mon jardin mourir sous l'effet des herbicides pulvérisés sur le champ voisin qui borde le Golfe du Morbihan...
Des raisons économiques (tourisme, démographie...) apportent plus ou moins de nuisances. Quand on le sait, ne peut-on pas les atténuer, les freiner et imaginer d'autres solutions ?

Sous l'eau, as-tu remarqué un effet dont on parle rarement, à savoir l'acidification de l'eau par l'action du C02 absorbé par les océans et qui détruit les coquilles des animaux marins ?
On en parle depuis un an. Le réchauffement climatique modifierait la chimie de la mer, régulateur des changements climatiques. Son ph deviendrait plus acide et "liquéfierait" les coquilles calcaires des gastéropodes, les squelettes des coraux et déformerait les épines des nageoires des poissons. Ce phénomène toucherait les coquilles des huîtres creuses : des "chambres" se forment concentrant une eau nauséabonde (si on les perce) et l'huître ne grandit plus. Ca, je connais, en Bretagne ! Les coquilles ne sont plus ni belles ni bien blanches. De plus, elles meurent beaucoup... de l'acidification, de la pollution de l'eau de mer ?
A Samal, je n'ai rencontré que des coquillages et coraux fermes et bien vivants. Je n'ai pas ouvert d'huîtres. J'aurais pu y trouver des perles.

Côté "stocks" de poissons, as-tu remarqué une diminution de tes "rencontres" ?
Quand j'ai commencé à plonger, il y a 17 ans, aux Philippines, comme ailleurs, les pêcheurs devaient aller de plus en plus loin pour faire de belles prises, on voyait de moins en moins de gros poissons.... Aujourd'hui, ils reviennent le long de récifs protégés que je connais. La prise de conscience "écologique" est réelle dans ce pays, à tous niveaux. En 10 ans, les projets de sauvegarde commencent à porter des fruits. Cette ressource est vitale, base de l'alimentation.
Les professionnels de la plongée se sont engagés à surveiller, éduquer, protéger. Une réglementation stricte (conventions internationales) du commerce des coquillages et des poissons d'aquarium est appliquée. 

A terre, peut-on protéger la mer aussi ?
A terre, à titre individuel, oui : en ayant les bons gestes pour économiser l'eau et l'énergie, en allégeant le poids des poubelles, en gérant ses déchets, en employant a minima les produits phytosanitaires... et en supprimant d'urgence l'usage des sacs plastiques non bio-dégradables ! Il faut également consacrer des crédits à la Recherche sur la mer et les océans autant que pour le ciel et les étoiles !

Une bonne nouvelle ?
J’en ai plusieurs !
2  tortues de mer sont venues pondre à Kembali ! 18 bébés ont éclos en juillet dernier et 51 en septembre, soit 69 bébés tortues de mer. Kembali est d’ailleurs devenu un sanctuaire marin pour les tortues de mer.
En France, les travaux de dragage des vases du Port de la Trinité-sur-mer et leur déversement en Baie de Quiberon sont suspendus (décision du Ministre JL Borloo, samedi 24 octobre). De vraies bonnes nouvelles !








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5 octobre 2009 1 05 /10 /octobre /2009 09:38
Chargée de mission pour une coalition d’associations de protection des requins, Nicole Aussedat (photo) a eu la chance de participer aux réunions préparatoires du Grenelle de la mer. Mais bien qu’elle ait parfaitement sa place sous les lambris dorés des ministères, Nicole a toujours préféré agir sur le terrain ou se lancer dans des aventures qui laissent pantois ceux qui l’écoutent.

Comment as-tu commencé à travailler dans l’environnement ?
J’ai découvert l’écologie quand j’étais étudiante et immédiatement, j’ai compris que c’était le domaine dans lequel je voulais travailler car j’avais un fort désir de donner un sens à ma vie pour qu’elle serve la beauté du monde. Après tout, nous sommes autant « nature » que « culture ». Être au contact de la nature me comble, personnellement. Je suis donc allée à la rencontre d’écologistes et j’ai intégré le groupe de pression Friends of the Earth à Londres où je m’étais inscrite en DEA. L’expérience a été très positive et, de retour en France, j’ai rencontré Brice Lalonde qui m’a intégrée dans son équipe de campagne aux élections de 1981.

Comment était l’ambiance ?
Fébrile, bien-sûr ! Tous les écologistes de France s’y croisaient, certains avec des approches très intellectuelles, d’autres quasi-anarchistes et d’autres enfin, plus orientés politique de terrain. Mais une équipe de campagne électorale ne dure que le temps de la campagne. L’aventure s’est terminée et j’ai intégré l’association les Amis de la Terre pour gérer les actions de l’association. C’était passionnant, même si à l’époque, je n’avais pas de quoi m’acheter un stylo bille à la fin du mois !
Et puis j’ai eu 30 ans. Et pour fêter ça, j’ai décidé de faire un tour du monde en bateau. J’ai embarqué sur la goélette « Patriach » et lorsque nous avons accosté à Saint Barth, je suis tombée amoureuse…de l’île ! J’y suis restée. J’ai très vite rencontré des gens d’une fondation américaine  de protection des fonds marins et je suis devenue leur consultante environnement pour l’île de Saint Barth.

En quoi consistait ton travail ?
J’ai été chargée de créer la réserve naturelle marine de l’île. J’ai donc fait se rencontrer des scientifiques, des hommes politiques, des pêcheurs, des plongeurs pour définir les conditions de sa création, puis j’ai proposé les statuts de la réserve qui ont été discutés, votés et sont finalement devenus des décrets. Pour parler de ce projet au grand public, j’ai fait de la radio, suis devenue journaliste et ai organisé la première réunion pour créer l’Association de protection de la nature de Saint-Barth à laquelle ont assisté… 2 personnes ! Mais elle s’est vite renforcée et l’important est d’avoir créé cette réserve et d’autres choses en faveur de l’environnement encore, notamment des opérations de préservation des biotopes de Saint Barth.
Et j’ai quitté l’île pour rentrer en France. Aujourd’hui, je suis coordinatrice française d’une coalition d’ONG européennes pour la protection des requins. Nous avons institué en octobre la semaine européenne des Requins. Cette année, la troisième édition se tiendra du 10 au 18 octobre dans les aquariums et les clubs de plongée de toute la France, et au –delà, d’Europe.

Et ta participation aux réunions préparatoires du Grenelle de la mer ?
J’ai participé aux discussions préalables entre les ONG et les pouvoirs publics. Les associations ont joué un rôle très structuré et ont permis de faire avancer les choses en parlant d’une seule voix. Le résultat est celui que l’on connaît, résumé dans le discours de Nicolas Sarkozy le 16 juillet, au Havre. Il doit maintenant être mis en pratique. Le 5 octobre auront lieu les assises de la pêche pendant un mois et demi. Les associations vont y participer. Il faut rappeler que 80 % des ressources en poisson sont soit exploitées au maximum, soit surexploitées. Mais la prise de conscience est faite. Il faut maintenant réussir à inscrire à la CITES, Convention internationale sur le commerce des espèces en danger, le thon rouge et certains requins, le taupe et l’aiguillat notamment. La France arrivera t-elle à faire passer cette décision internationale ? En ce qui concerne les requins taupes, le quota a été baissé de 25% en 2008, même si les scientifiques demandent un arrêt total. D’un autre côté, une licence de pêche a été délivrée pour capturer ces requins taupes alors qu’ils sont menacés d’extinction. J’espère que la prochaine semaine européenne des requins va faire évoluer les choses en faveur de leur préservation.

Ce blog s’appelle Bonnes Nouvelles Environnementales. As-tu une vraie bonne nouvelle, sûre à 100% à annoncer ?
Oui, même si elle est conceptuelle. Mais elle est d’importance : nous avons redécouvert au cours du Grenelle de la Mer organisé par le Ministère de l’Ecologie que la France est une nation maritime avec un territoire immense dans le monde entier. La France a redécouvert sa vocation maritime, s’est réapproprié la mer. D’ailleurs, le nouveau sigle du Ministère de l’écologie inclut la mer, c’est un signe. Je pense que cela se traduira de façon concrète. Ce sera un travail de fond, certes, mais c’est à nous de suivre le dossier.
 
(photo CVA)
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6 juillet 2009 1 06 /07 /juillet /2009 14:38
Marc, entre l'écriture, la radio, les reportages pour la télévision... quel est ton métier ?

M.G. Je suis naturaliste de terrain. C’est ce qui me passionne depuis enfant et ce qui crée le lien entre mes différentes activités.

Comment as-tu réussi à faire d’une passion d’enfance un métier ?

M.G. Grâce au dessin. J’ai fait les Beaux Arts où j’ai appris à dessiner tout et n’importe quoi, notamment des nus et des statues grecques, puis je me suis spécialisé dans les dessins d’animaux. C’est comme cela qu’on a pu m’identifier, me mettre une étiquette « animalière » en quelque sorte, qui m’a ensuite ouvert les portes de la presse écrite, de la télévision puis de l’écriture.

Lorsqu’on part sur le terrain en France, est-il encore possible de se sentir perdu au cœur de la nature, loin de toute civilisation ?

M.G. C’est de moins en moins possible. Il y a en effet un bruit de fond venant des autoroutes et des routes qui quadrillent le pays de façon de plus en plus étroite et qui nous rappelle toujours l’avancée humaine et le manque d’espace pour les espèces sauvages. Pour les prises de son, c’est gênant. En dehors du bruit, ce quadrillage limite leur territoire et la possibilité d’aller se reproduire avec d’autres groupes d’animaux et d’éviter ainsi la consanguinité de l’espèce ou tout simplement la seule chance de pouvoir se reproduire.
Un autre phénomène, moins connu mais tout aussi perturbant, se passe avec le bétonnage des chemins pour en faire des voies vertes. Certes, c’est plus facile d’y circuler à pied, à vélo ou avec des poussettes d’enfant ou des chaises roulantes, mais je pense qu’il ne faut pas en mettre partout. Il faut aussi fiche la paix à la nature en laissant des chemins de sable ou de terre, lieu où de nombreux insectes nichent. Je pense par exemple à l’abeille solitaire, qui fait des petits trous dans le sol pour pondre ou se cacher. Si on bétonne tous les chemins…

Ce blog s’appelle pourtant Bonnes Nouvelles environnementales. Je pense que c’est le moment de nous en donner pour montrer que des initiatives positives existent aussi et qu’elles portent leurs fruits !

M.G. J’en ai plusieurs, heureusement. Tout d’abord, un amendement qui a été voté le 24 avril de cette année par le Parlement européen qui autorise à nouveau les abattoirs en Espagne à laisser les carcasses des animaux tués dans des dépotoirs à l’air libre pour que les vautours s’en nourrissent. Les vautours ne peuvent pas chasser car ils ne sont pas faits pour cela (pas trop de « poigne » dans les serres, bec qui n’est pas fait pour tuer, faible force musculaire). Or, depuis l’interdiction de déposer les carcasses après l’épisode de la vache folle, ils ne trouvaient plus à se nourrir.
La deuxième concerne la naissance de deux oursons dans les Pyrénées. J’ai aussi une anecdote amusante : un ami entomologiste a découvert une nouvelle espèce de criquet dans son… jardin ! Cela prouve au moins que les chercheurs sur le terrain découvrent encore des espèces et je pense qu’il y en aura d’autres. Il faut donc continuer à relayer ces informations comme tu le fais.
(photo Marc Giraud, libre de droits)
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15 juin 2009 1 15 /06 /juin /2009 10:01
En illustration de l'article précédent,
Kristin, volontaire participant à l'opération de comptage des papillons dans son jardin en Bretagne, explique comment elle s'y prend.


Comment as-tu appris que l'opération de comptage des papillons existait ?
J'ai découvert Noé Conservation et le comptage des papillons il y a deux ans avec Caro qui le fait depuis plus longtemps que moi.

Etais-tu particulièrement sensibilisée aux problèmes environnementaux ou était-ce par attrait personnel envers les papillons ? 
J'essayais déjà de faire attention à l'environnement (sauf pour la voiture et la tondeuse parce que c'est difficile de faire sans ... Le pétrole en Bretagne, on connaît surtout quand il est sur les côtes et plus dans les cales du bateau où il devrait être ! , les marées vertes et l'eau pleine de nitrates on connaît aussi ...) plus de chimique au jardin depuis 12 ans au moins (à part l'anti-limace et je me suis dépêchée d'acheter celui au ferramol efficace et pas dangereux pour les autres animaux) et je garde un coin sauvage (sale comme dit ma voisine !) avec orties , ronces et autres plantes sauvages.
Sinon, avec pas mal d'arbustes à fleurs, dont plusieurs buddleias, cela m'amusait de photographier les papillons sans toujours les reconnaître.

Concrètement, que dois-tu faire et sur quelle durée ?
Concrètement, il suffit de s'inscrire et de remplir chaque mois une grille de comptage en fonction des papillons que l'on voit et d'en indiquer la fréquence : tous les jours, par semaine, moins ou plus. Je commence avec les 1ers papillons au printemps et je m'arrête quand il fait trop froid.

Qu'as-tu découvert sur eux ou même sur toi ?
J'ai surtout découvert que je n'étais pas assez patiente pour devenir une vraie photographe de papillons... heureusement que mon appareil a un bon zoom ! Sinon, cela m'a permis de reconnaître des papillons précis, en l'occurrence ceux que je vois très souvent, et de les repérer soit dans le pré, soit dans le jardin soit dans les deux, cela dépend vraiment des espèces et des moments de la journée. Pour le reste je ne suis pas assez scientifique (et encore moins méthodique !) pour faire une analyse de mes trouvailles.

En deux ans, est-il déjà possible de faire un bilan ?
Pour le bilan, pas facile en 2 ans, surtout avec les 2 derniers étés pourris : l'absence ou la présence de certains papillons peuvent être dues au mauvais temps ou aux pesticides divers et variés dans la campagne autour. A voir cet été, des fois qu'il ferait beau!

Penses-tu qu'une action individuelle peut vraiment améliorer l'environnement ?
J'espère juste que si les jardiniers changent, avec la surface que cela représente, ça pourrait aider. Quand je rêve vraiment, je me dis que si les jardiniers arrêtaient de donner plein de sous aux multinationales chimiques, ce serait déjà ça de gagné... mais là , c'est chimérique, rien qu'à entendre les commentaires de certains voisins sur mon jardin avec ses mauvaises herbes et son fouillis !
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