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26 novembre 2009 4 26 /11 /novembre /2009 11:20

Sylvie Le Bot, allias Siratus, plongeuse-photographe sous-marine et auteur du blog siratus-alabasterlink vit entre la Bretagne et les Philippines. Engagée dans deux associations de sauvegarde de l’environnement, elle nous explique comment un brevet de plongée « découverte » avec tuba à l’âge de 9 ans débouche aujourd’hui sur une participation au sauvetage de tortues vertes de mer à l’autre bout du monde.

(photo Siratus)

Sylvie, on te connaît à travers ton blog qui nous présente des merveilles du fond des mers. La plongée est-elle ton métier ?
La plongée n'est pas mon métier mais une rencontre qui a très bien tourné ! J'ai eu la chance de vivre 5 ans aux Philippines (archipel de 7000 îles !); ce fut l'opportunité d'apprendre à plonger avec une bouteille d'air comprimé sur le dos. La plongée est alors devenue une passion, récemment démultipliée grâce au blog et à la photo numérique. Naturaliste-photographe autodidacte, je suis heureuse d'apprendre et de raconter la faune et la flore que je découvre dans seulement  25m d'océan. Grand-Maman bretonne, j'espère plonger encore longtemps et pouvoir montrer à mes petits-enfants cette riche biodiversité !

Comment cette rencontre a t-elle débuté ?
Après avoir  vu le film "le monde du silence" de Cousteau, à 9 ans, j’ai passé un brevet découverte avec masque, palmes et tuba à Toulon. Mais j’ai dû attendre d’avoir 46 ans pour passer mon premier brevet de plongée PADI. Je l’ai passé à Anilao (Philippines) et j’ai réalisé depuis de nombreuses plongées tous les ans.

Que ressens-tu quand tu plonges ?
Malgré l'équipement peu gracieux et encombrant, je me sens libre, bien... en apesanteur, la relaxation est totale. Là-bas, l'eau est à  température idéale, 27°C. Je ne pense qu'aux poissons, aux coraux et coquillages, qu’à aller à leur rencontre, les débusquer, les observer puis je me concentre patiemment pour réaliser de bons clichés... Les plongées de nuit offrent les plus belles rencontres. Beaucoup d’animaux n'ont jamais vu de plongeur. La curiosité est réciproque, sans crainte.
Cependant, j'ai l'esprit toujours en alerte concernant notre sécurité, nous ne sommes pas des poissons ! Je dis "notre sécurité" car je plonge toujours avec un guide. Les conditions de plongée peuvent changer rapidement (courant, manque d'air, défaillance de lampe), nous devons réagir vite et nous entre-aider, sans nous perdre de vue.

As-tu investi beaucoup dans ton équipement photographique pour faire de si belles photos ?
Non, j’ai un équipement basique minimum car tout matériel est très onéreux. En 2007, j’ai commencé avec un appareil numérique de 5 mega pixels de tous les jours et un caisson étanche adapté et un filtre orange. En 2008, je me suis offert un appareil de 7.2 mega pixels d’occasion, acheté sur internet ainsi qu’une lampe torche étanche au poignet.  En 2009 j’ai acquis 3 lampes 4 Led en éclairage accessoire au poignet (2 sont pour mon binôme) et un objectif macro élémentaire. Je viens toutefois d'acheter le même APN d'occasion à 67 euros. La lentille est excellente. On ne le fabrique plus et c'est le seul qui corresponde à mon caisson étanche que je veux amortir ! Nul n’est donc obligé de s’équiper d’un matériel hors de prix.

La prise de vue sous l'eau est-elle différente de celle sur terre ?
Oh, oui ! Tout est différent. Les distances sont trompeuses, on voit le sujet plus gros et plus près. Même dans une eau transparente, en quelques mètres de profondeur, la luminosité diminue drastiquement et  les couleurs chaudes -rouge, orange et jaune- sont absorbées.  Toute particule en suspension (plancton, petits invertébrés, sédiments...) va accrocher et réfracter les rayons du flash !  J'apprends sur le tas à contourner au mieux ces difficultés d'éclairage et de mise au point.
Pour la netteté des clichés, j'assure ma stabilité  avec une "pique" de 40cm de long; je l'ai fabriquée avec un manche d'outil de jardin et une tige pointue. Elle me sert d'appui ou de moyen d'ancrage entre les rochers (B.A. BA de la plongée, on flotte en apesanteur sans rien toucher -je plonge sans gants- ni abîmer autour de soi.) Je la plante aussi dans le sable pour ne pas m'y vautrer ni soulever de particules ! De plus, je l'ai étalonnée en cm... pour mesurer les sujets de mes photos.

Tu fais partie d'une association de protection de l'environnement. Est-ce la plongée qui t'a donné envie de t'impliquer en environnement ?
Je fais partie, de l’association SEMAPHORE depuis sa création récente, dans la foulée du mouvement du collectif  "Alerte aux vases" en Bretagne. Son objet est "de développer tout ce qui peut protéger, favoriser et promouvoir une gestion durable des espaces maritimes (Mor Braz) et côtiers situés entre la presqu’île de Quiberon et Guérande, y compris les bassins versants."  Je me suis engagée "naturellement"  pour sauvegarder ici, en Bretagne Sud, l'espace maritime où j'ai grandi.
De même je suis engagée à Samal, aux Philippines, en faisant l'inventaire de la faune et de la flore de Kembali...
Ma sensibilité à l"écologie" (la relation sur notre planète entre la nature et les hommes) s'est développée au fil des ans, grâce à ma famille et aussi par ma propre histoire -ce que j'ai vu, vécu et appris- surtout depuis que je plonge.
J'ai vu aux Philippines, les coraux blanchis, désertés de toute vie par le courant chaud El Nino (1987), les récifs dévastés après le passage des typhons ou détruits par les pêcheurs à la dynamite, les requins massacrés pour leurs ailerons, les petits poissons estourbis au poison pour fournir les aquariums du monde... J'ai vu en Atlantique, le littoral de Galice souillé d'hydrocarbures (2002) après le naufrage du Prestige, des plages insalubres faute d'assainissement adapté à l'afflux touristique saisonnier... J'ai vu les plantes de mon jardin mourir sous l'effet des herbicides pulvérisés sur le champ voisin qui borde le Golfe du Morbihan...
Des raisons économiques (tourisme, démographie...) apportent plus ou moins de nuisances. Quand on le sait, ne peut-on pas les atténuer, les freiner et imaginer d'autres solutions ?

Sous l'eau, as-tu remarqué un effet dont on parle rarement, à savoir l'acidification de l'eau par l'action du C02 absorbé par les océans et qui détruit les coquilles des animaux marins ?
On en parle depuis un an. Le réchauffement climatique modifierait la chimie de la mer, régulateur des changements climatiques. Son ph deviendrait plus acide et "liquéfierait" les coquilles calcaires des gastéropodes, les squelettes des coraux et déformerait les épines des nageoires des poissons. Ce phénomène toucherait les coquilles des huîtres creuses : des "chambres" se forment concentrant une eau nauséabonde (si on les perce) et l'huître ne grandit plus. Ca, je connais, en Bretagne ! Les coquilles ne sont plus ni belles ni bien blanches. De plus, elles meurent beaucoup... de l'acidification, de la pollution de l'eau de mer ?
A Samal, je n'ai rencontré que des coquillages et coraux fermes et bien vivants. Je n'ai pas ouvert d'huîtres. J'aurais pu y trouver des perles.

Côté "stocks" de poissons, as-tu remarqué une diminution de tes "rencontres" ?
Quand j'ai commencé à plonger, il y a 17 ans, aux Philippines, comme ailleurs, les pêcheurs devaient aller de plus en plus loin pour faire de belles prises, on voyait de moins en moins de gros poissons.... Aujourd'hui, ils reviennent le long de récifs protégés que je connais. La prise de conscience "écologique" est réelle dans ce pays, à tous niveaux. En 10 ans, les projets de sauvegarde commencent à porter des fruits. Cette ressource est vitale, base de l'alimentation.
Les professionnels de la plongée se sont engagés à surveiller, éduquer, protéger. Une réglementation stricte (conventions internationales) du commerce des coquillages et des poissons d'aquarium est appliquée. 

A terre, peut-on protéger la mer aussi ?
A terre, à titre individuel, oui : en ayant les bons gestes pour économiser l'eau et l'énergie, en allégeant le poids des poubelles, en gérant ses déchets, en employant a minima les produits phytosanitaires... et en supprimant d'urgence l'usage des sacs plastiques non bio-dégradables ! Il faut également consacrer des crédits à la Recherche sur la mer et les océans autant que pour le ciel et les étoiles !

Une bonne nouvelle ?
J’en ai plusieurs !
2  tortues de mer sont venues pondre à Kembali ! 18 bébés ont éclos en juillet dernier et 51 en septembre, soit 69 bébés tortues de mer. Kembali est d’ailleurs devenu un sanctuaire marin pour les tortues de mer.
En France, les travaux de dragage des vases du Port de la Trinité-sur-mer et leur déversement en Baie de Quiberon sont suspendus (décision du Ministre JL Borloo, samedi 24 octobre). De vraies bonnes nouvelles !








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Published by CVA - dans portrait
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commentaires

ZAZA 29/11/2009 07:26


Interview très intéressante et un magnifique travail de réalise Sylvie…
Bizzzzzzzzzzzzzz
ZAZA


Juju 27/11/2009 09:47


La nature nous passionne et nous rend meilleurs : on prend soin d'elle, on prend soin de nous


Melly 27/11/2009 00:27


Tu fais un nouveau blog Siratus ?

Je suis contente de lire ton engagement !

pff le Borlo ! (il ne boit pas de l'eau celui-là !!)


christine 26/11/2009 23:25


coucou; quel bel article; je te découvre un peu plus et je ne suis pas déçu et je te souhaite de continuer longtemps à plonger et à proteger la mer et les océans ;ta passion est tellement belle
gros bisous de mon île


Andree 26/11/2009 23:24


Je suis très heureuse de faire plus ample connaissance , tu es une vraie passionnée dans ton activité , continue ainsi à défendre le monde marin.Et aussi , fais nous toujours le plaisir de savourer
tes articles si beaux .Bonne soirée , gros bisous Andrée